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Une réflexion sur l’ancienne ORTF envoyé par ortf le 06/10/2012 @ 09:53


Le sujet mériterait une véritable analyse, que je ne ferai pas, mais je ne peux m’empêcher de faire quelques remarques. J’approuve globalement l’édito du n°139 de RL, Du terrorisme intellectuel de la bien-pensance aux intimidations physiques contre RL, mais une expression de Cyrano m’a fait bondir : « les « journalistes » qui se croient encore au temps de la Pravda et de l’ORTF ». Même à Riposte Laïque, donc, on a le réflexe de faire appel à ce cliché, à cette idée reçue bien installée : l’ORTF c’était pire ! Je prétends que c’est totalement faux, y compris dans le domaine journalistique.

Ce qui est vrai c’est que le nombrilisme journalistique et la course au vedettariat, joints à la recherche de l’audience comme objectif premier ont largement remplacé le contrôle de l’info par une hiérarchie qui était aux ordres du pouvoir politique. Ceci fut bien le cas aux pires moments de l’ORTF, par exemple lorsqu’Alain Peyrefitte était ministre de l’information de De Gaulle. Mais le traitement de l’information n’a jamais été aussi superficiel et convenu, aussi réduit au spectaculaire, que maintenant. Sur France-Inter, les jeunes journalistes prennent bien soin de répéter les préjugés que leurs aînés assènent comme des valeurs évidentes, préjugés qui sont souvent des jugements énoncés à la place même de l’information à laquelle ils se rapportent. Et maintenant, si une ânerie est énoncée au premier flash de la journée, elle sera répétée toutes les heures sans qu’un rédacteur en chef (mon Dieu quelle horreur !) fasse entre temps corriger l’erreur, laquelle pourra aller jusqu’à une contradiction manifeste au sein même d’une seule phrase, qui n’aura alors aucun sens. Et quand l’information est bien donnée c’est le plus souvent hors contexte, avec suppression ou déformation de détails importants qui pourraient amener l’auditeur à réfléchir de façon autonome. « Conformiser » cet auditeur tient souvent lieu de déontologie.

Ce qui est vrai c’est que le pouvoir des journalistes vedettes, et le conformisme des autres ont totalement changé dans la forme. Celle-ci s’exprime désormais dans ce que je vois comme un « cohn-bendisme » de la bien-pensance. C’est dans la grossièreté, désormais, que se mesure l’indépendance d’esprit. Couper la parole pour empêcher que la pensée d’un invité soit clairement exprimée, tutoyer des ministres, déformer leurs propos, les ridiculiser et les mépriser tient lieu d’exercice du « devoir d’irrespect » qu’avait formulé, dans un tout autre but, le directeur du Monde Diplomatique Claude Julien (1). Surtout, enfermer les invités (comme les auditeurs et les jeunes confrères évoqués ci-dessus) dans le cadre des vérités définies par le puissant journaliste « qui sait », là est la nouvelle objectivité, et celui qui ose sortir de ce cadre est livré à la vindicte du public (cas récent d’Eric Zemmour).

Ce qui est vrai c’est qu’on a, comme aux pires moments de l’ORTF, rétabli la nomination des responsables de chaînes par le pouvoir politique (par le Président de la République lui-même) mais on a pris soin de le faire en choisissant des « conformistes de l’insolence ». Le cas de Philippe Val à la direction de France-Inter est particulièrement symbolique. Il avait, certes, une longue pratique de l’insolence humoristique mais, avant sa nomination, en virant Siné de Charlie Hebdo il avait fait preuve de la « judéomanie » (2) caractéristique de la respectabilité classique en France, tout en donnant toutes les garanties pour que la dangerosité islamique ne soit jamais traitée sérieusement à la radio populaire « de service public ». Toutes les garanties, aussi, pour que « la richesse apportée par l’immigration » reste une évidence qui n’aura jamais besoin d’être vérifiée. Pour que la contestation de cette évidence, comme la condamnation du racisme anti-blancs, reste une marque de l’Extrême-Droite.

Ce qui est vrai c’est qu’on a fait sauter les frontières entre l’info et la pub, elle-même toujours plus crétinisante et plus réductrice du contenu des programmes qu’elle encadre. On pourra ainsi, par exemple, parler très sérieusement pendant un quart d’heure de la crise provoquée par les « subprimes », et s’indigner des prêts consentis par les très immorales banques américaines à des emprunteurs dont elles savaient qu’ils ne pourraient pas rembourser… puis, sans transition, des voix aguichantes et rassurantes viendront, dans la séquence publicitaire qui suit, réduire à néant cette réflexion responsable :

- mais comment va-t-on faire, mon chéri, pour rembourser à la fois nos dettes et le nouvel emprunt pour l’achat de la maison ?

- pas de problème, mon trésor, tu vas voir, avec la banque Tartempion c’est très facile…

Ce qui est vrai c’est que la destruction du sens n’a jamais été aussi délibérément pratiquée que maintenant dans ce qu’on appelle les « programmes musicaux ». Ils incluent la chanson mais le texte de celle-ci ne compte pas, et il est de plus en plus souvent en langue anglaise, ce qui évite l’éventuelle réflexion sur ce qui se dit par le chant. Aimer sa propre langue et la défendre est devenu, pour la radio publique, on ne peut plus ringard. Cette « anglosaxonmanie » me paraît désormais plus prégnante encore que le rap violent et « correctement raciste », c’est à dire anti-blanc et anti-français. Non, l’ORTF, qui n’a jamais été comparable à la Pravda, n’était tombé aussi bas !

Ce qui est vrai, d’une manière générale, c’est que la très coûteuse casse de l’ORTF s’est faite sans que la Gauche oppose un contre-projet garantissant la double indépendance d’un audiovisuel de service public maintenu : indépendance par rapport aux puissances financières et par rapport aux pouvoirs politiques, la première n’étant pas moins indispensable que la seconde. Ce qui est vrai c’est que la Gauche n’a pas non plus vraiment voulu une plus grande implication des auditeurs et télespectateurs dans les choix et le fonctionnement de cette radio-télé publique. Comme la Droite, elle considérait que son seul intérêt résidait dans la possibilité d’en faire l’organe de propagande du pouvoir en place.

Ce qui est vrai, c’est qu’on a réussi à faire admettre à l’opinion cette très dangereuse idée : en matière d’information et de culture un véritable service public est devenu, au troisième millénaire, totalement inutile, voire même nuisible.

Ne répétons pas, ici, cette contre-vérité : l’ORTF c’était pire. Ça ne peut pas aider à préparer un meilleur avenir en s’attaquant à ce qui le menace le plus (et qui, me semble-t-il, préoccupe le plus Riposte Laïque et ses lecteurs) : l’économisme mondialisé, la destruction des plus indispensables valeurs républicaines par l’islamisation du monde politiquement et économiquement inchangé.

Pierre Régnier

Ancien secrétaire national (dans un collectif de 5 membres) du syndicat CFDT de la radio-télé de service public.

Co-auteur, avec Jean-Jacques Ledos et Jean-Pierre Jézéquel, du livre Le Gâchis audiovisuel (Editions Ouvrières 1986). J-P Jézéquel a publié depuis, avec Régine Chaniac, La télévision (en 2005 à La Découverte) et J-J Ledos a publié (en 2007 à l’Harmattan) L’âge d’or de la télévision, 1945-1975

(1) Le devoir d’irrespect par Claude Julien (éd. Alain Moreau 1979)

(2) La judéomanie par Jean Robin (éd. Tatamis 2006)

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